Référence complète :

Morrissette, Joelle, Didier Demazière, Mathieu T. Larose, Serigne Ben Moustapha Diédhiou et Sébastien Arcand (2019) La confrontation de conventions professionnelles au cœur de la socialisation d’enseignant·e·s formé·e·s à l’étranger travaillant dans l’école montréalaise. Revue des sciences de l’éducation, 45 (2): 100–128.

À retenir :

Dans le contexte multiethnique et diversifié de Montréal ou d’autres grandes métropoles, il est important de comprendre les défis d’intégration à leur milieu professionnel des enseignant.e.s formé.es à l’étranger. Leur socialisation professionnelle se joue notamment dans deux lieux symboliques cruciaux : le rapport aux élèves (passer d’une logique de domination à une logique de fraternisation) et le rapport à la communauté professionnelle (passer d’un souci de protection d’une image de compétence à une implication active auprès des élèves et des pairs). Bien que cette recherche porte sur des enseignants au niveaux primaires et secondaires, elle offre des pistes intéressantes pour aborder les normes et la socialisation professionnelle dans l’enseignement supérieur.

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Résumé :

Cette recherche porte sur la socialisation professionnelle d’enseignant·e·s formé·e·s à l’étranger s’intégrant dans les écoles montréalaises primaires et secondaires. Elle adopte une approche interactionniste basée sur les conventions professionnelles. Nous avons mené des entretiens collectifs avec quatre groupes de trois à cinq personnes, composés chacun d’enseignants formées à l’étranger et de pairs de la même école. Les entretiens collectifs visaient à co-analyser des évènements concrets ayant marqué l’intégration des enseignant·e·s formé·e·s à l’étranger et de débattre de leurs significations. Il s’agissait donc de faire ressortir les difficultés vécues, mais aussi les mesures mises en place pour accompagner ces enseignant.e.s ainsi que les enjeux et défis que soulèvent leur socialisation professionnelle. Les résultats mettent en lumière deux dimensions majeures de leur socialisation : (1) le rapport aux élèves et la régulation des conduites dans les classes, marqués d’une tension entre domination et fraternisation et (2) la participation à la communauté de pairs et la définition de la compétence professionnelle, marquées d’une tension entre les compétences de l’enseignant (volonté de protéger ce savoir) et l’implication active individualisée auprès des élèves. En mettant en œuvre un dispositif d’enquête misant sur la rencontre entre des enseignant⋅e⋅s formé⋅e⋅s à l’étranger et une catégorie de partenaires de travail, des enseignant⋅e⋅s d’expérience, les significations d’évènements concrets ayant marqué leur intégration professionnelle dans les écoles ont été débattues, réinterprétées, au profit d’une lecture plus compréhensive en termes de compréhension de leurs expériences. La présence des mentor⋅e⋅s a été importante en ce sens, en particulier pour aider à la mise en mots des conventions plus ou moins tacites ébranlées par les premiers pas au travail des enseignant⋅e⋅s formé⋅e⋅s à l’étranger. Cette recherche souligne notamment l’importance de considérer que l’enseignement relève bien d’une activité non seulement relationnelle mais aussi collective, et qu’un ensemble d’acteurs participent à la production du travail et aux façons dont les enseignant⋅e⋅s façonnent leurs pratiques.

Les chercheurs :

Joëlle Morrissette – Professeure en science de l’éducation – Université de Montréal
Didier Demazière – Chercheur – Centre de sociologie des organisations (SciencesPo)
Mathieu T. Larose – Étudiant à la maitrise – Université de Montréal
Serigne Ben Moustapha Diédhiou – Professeur au Département d’éducation et pédagogie – Université du Québec à Montréal
Sébastien Arcand – Professeur au Département de management – HEC Montréal

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