Référence complète du mémoire :

Marleau, Noémie (2021). « La décroissance soutenable : théorie et pratiques » : un cours qui bouscule?. Mémoire de M.Sc. Sciences de la gestion – HEC Montréal (dirigé par Anne Mesny et Yves-Marie Abraham).

La diversité des réactions émotionnelles au cours : illustrations

« J’ai ressenti de l’émerveillement, j’ai trouvé que beaucoup des textes étaient beaux. J’ai une grande curiosité intellectuelle aussi, et pour la première fois, j’avais envie, en parallèle d’un cours, de lire plus au fur et à la mesure du cours » – Louis*
« Une suite de claques en pleine face, de remises en question, mais en même temps super inspirant. Moi, ça a vraiment changé ma façon de voir la vie, ma vie et ce que je faisais à plus long terme. C’était vraiment majeur pour moi. » – Gregory*
« La peur, la rage : une rage pure, et un découragement : je me suis sentie vraiment découragée, mais je me suis aussi sentie comprise. » – Sophie*
« C’est quelque chose de vraiment nouveau et il faut s’accrocher. Émotionnellement, je suis vraiment passée par différentes étapes et, je pense, j’ai même été en dépression pendant un an par rapport à ça. Mais c’est clair que je voudrais que tout le monde suive ce cours pour qu’on puisse parler le même langage à des moments. » – Simonne*
*Noms fictifs

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Résumé :

Ce mémoire porte sur les effets sur les étudiants d’un cours de second cycle universitaire d’école de gestion intitulé « Décroissance soutenable : théorie et pratiques ». Ce cours est radicalement critique par rapport aux cours traditionnels en gestion, puisqu’il propose une critique dévastatrice du système capitaliste, des entreprises et de la gestion, et explore la notion de décroissance soutenable comme voie de sortie possible des crises sociales, économiques et écologiques actuelles. Un tel cours a tendance à « bousculer » les étudiants et à susciter des réactions émotionnelles parfois très fortes, tant positives que négatives. Nous avons mené des entrevues semi-dirigées avec 22 étudiants : sept venaient de suivre le cours, 8 l’avaient suivi deux ou trois ans auparavant et septe autres l’avaient suivi quatre à cinq ans auparavant. Sur le plan théorique, la recherche mobilise les principaux concepts du constructivisme social de Berger et Luckmann (1986), en particulier les notions d’intériorisation de la réalité, de socialisations primaires et secondaire et de choc biographique. Nos résultats nous amènent à distinguer trois grandes réactions possibles des étudiants. Il y a d’abord ceux qui n’ont pas vécu de choc biographique à l’occasion du cours parce qu’ils ont rejeté la réalité véhiculée par le cours. Il y a ensuite les étudiants dont les socialisations antérieures étaient cohérentes avec le contenu du cours et qui ont ressenti un grand enthousiasme à l’endroit d’un cours qui a permis de renforcer leur réalité intériorisée. Finalement, une troisième catégorie d’étudiants a vécu un « choc biographique » à l’occasion du cours, lequel est venu heurter de plein fouet leur réalité intériorisée, suscitant des réactions émotionnelles très fortes, avec différents effets à court, moyen et long terme. Ces résultats soulèvent plusieurs enjeux, concernant notamment la place des cours critiques en gestion, ainsi que la responsabilité des enseignants vis-à-vis des impacts de leurs enseignements sur les étudiants.

La chercheure :

Noémie Marleau, diplômée M.Sc. HEC Montréal.

À lire aussi :

Mailhot, Chantale, Jose Fuca, Stéphanie Gaudet et Émilie Drapeau (2021) Éduquer à la citoyenneté démocratique par l’innovation sociale : l’idéal de l’entrepreneuriat social remis en question. ANSERJ 12(2) : 58-73.

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